Forging Links - Videos en francais

Résumé des séances du symposium

1. Forger des liens

Les activités du symposium ont débuté le vendredi 25 juin au matin. Dr. Josef Schuller MW, Président de l'Institut, ainsi que Fiona Morrison MW et Jacques Lurton, Co-présidents de « Forging Links » (Forger des liens), ont accueilli les délégués des 31 pays participants. Georges Haushalter, Vice-président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux – le principal sponsor de « Forging Links » – et Président de l'Union des Maisons de Bordeaux, a ensuite ouvert les débats avec son discours d'introduction sur le thème de l'ouverture du Bordeaux au monde.

2. Le vin sur le web

L’industrie du vin a été très lente à adopter Internet et à certains niveaux, elle a tout simplement manqué cette révolution. Cependant, au cours des dernières années, le Web 2.0 a profondément changé l’utilisation de l’Internet et cela pourrait constituer une occasion unique pour notre industrie, afin qu’elle rattrape enfin son retard. Lors de cette discussion, animée par Christophe Macra MW, les participants ont évoqué les dernières tendances sur Internet, ainsi que l’intérêt et le potentiel qu’elles représentent pour l’industrie du vin. Le débat – à la fois animé et approfondi – a porté sur les blogs, les avis des consommateurs, les réseaux sociaux, la vidéo, les applications pour portables, la « réalité augmentée » et une analyse des nouvelles habitudes d'achat. Des intervenants passionnants ont partagé leur expertise avec le public. Jancis Robinson MW est passée avec succès des médias traditionnels au web, avec son site jancisrobinson.com. Après avoir créé Virgin Wines, un acteur 100% Internet, Rowan Gormley a lancé Naked Wines, un des sites de vente de vin en ligne les plus innovants de la toile. Eric LeVine est le créateur de CellarTracker – un des sites d’avis de consommateurs les plus importants du web – et de sa nouvelle version, GrapeStories. Il a partagé son expérience sur les différents publics de consommateurs, et Michael Linton, ancien Directeur du Marketing d’eBay et de BestBuy, nous a révélé les stratégies Internet des industries les plus innovantes.

3. Ancien et Nouveau Monde : les inspirations

Au cours des premières sessions de dégustation de vin de « Forging Links », animées par Kym Milne MW, cinq viticulteurs renommés ont exploré les différences et les similitudes entre les techniques de l'Ancien et du Nouveau Monde. Ils ont évoqué tout à tour le rôle du terroir et comment, à leurs yeux, il influence le style final du vin. Ils ont aussi parlé de la façon dont ils ont modifié leur approche viticole en raison des conditions de leur environnement. Egon Müller a présenté deux Rieslings : l’un de Sturovo (Slovaquie) et l’autre d'Adelaide Hills (Australie). Il a notamment expliqué comment il a été amené, en travaillant hors de l’Allemagne, son pays natal, à revenir sur certaines de ses idées préconçues sur les vins d’autres régions. Arnaud Bourgeois a présenté deux Sauvignon Blancs, de Sancerre et de Marlborough. Alors qu’il n’était confronté à aucun autre producteur dominant à Sancerre, par rapport à Marlborough, Arnaud a expliqué comment il en est venu à utiliser une approche marketing relativement différente dans le Nouveau Monde. Pascal Marchand a présenté deux Pinot Noirs, l’un de Bourgogne et l’autre de la région du Bíobío, au Chili. En Bourgogne, Pascal travaille avec ses pairs dans une AOC réglementée, alors qu'au sud du Chili, il est plus isolé : il doit opérer dans une région relativement nouvelle, pour ce pays, mais avec la possibilité de créer quelque chose de nouveau. Zelma Long a présenté deux assemblages Merlot/Malbec, de Paarl (Afrique du Sud) et de l’Etat de Washington. Entre l’Afrique du Sud et Washington, il existe de grandes différences de climat, mais aussi des sols inhabituels ; elle a expliqué l’impact de ces facteurs sur sa technique viticole. Michel Rolland a présenté deux Cabernet Sauvignon, l’un de Bordeaux et l’autre d'Apalta, au Chili. Actif au Chili et en Argentine, il a présenté un aperçu fascinant de ses expériences dans ces pays et dans son Bordeaux natal, tant sur le plan des sols, des climats et des techniques viticoles que des gens. La session s’est terminée par une séance de questions aux invités très animée.

4. Qui approvisionne le mieux les consommateurs de vin?

On lit souvent dans la presse viticole que les seules compagnies capables de répondre vraiment aux besoins des consommateurs sont détenues et gérées par des familles, et que les grandes sociétés cherchent uniquement à satisfaire aux exigences de leurs actionnaires. Au cours de cet échange dynamique, les intervenants ont cherché à répondre à cette interrogation. Lynne Sherriff MW, animatrice et maîtresse de cérémonie du symposium, a préparé le terrain pour ce débat, et le sujet a été abordé avec éloquence et passion par deux membres d’entreprises familiales et par deux intervenants qui dirigent de grandes compagnies du secteur public. Sylvie Cazes de Château Lynch Bages et Eduardo Chadwick de la prestigieuse compagnie chilienne Errazuriz ont débattu avec Margareth Henriquez de Krug/LVMH et Christian Seely, Directeur général d’AXA Millésimes. Chaque intervenant a évoqué son cas de manière convaincante et franche, soulignant les forces et les faiblesses de chaque modèle commercial. Plus on avançait dans le dialogue et plus il devenait évident que les deux familles et sociétés avaient un véritable rôle à jouer, lorsqu’il s’agit de proposer les plus grands vins aux consommateurs. Vers la fin du débat, les intervenants sont tombés d'accord pour déclarer que le commerce du vin était avant tout une affaire de personnes et de passion. Indépendamment du statut commercial de la compagnie, ceux qui respectent le terroir sont les gardiens d'un bien précieux et ont pour devoir de produire le meilleur vin à chaque vendange. Un vin qui reflète la notion de lieu et de temps.

5. Passer le flambeau d’une génération à l’autre

Le sang et le vin furent étroitement liés, durant cette session animée par Fiona Morrison MW, coprésidente de Forging Links. Deux générations de trois grandes familles viticoles ont partagé leurs expériences en matière de succession. Dans le secteur du vin, et notamment dans la production viticole, il est très fréquent de voir les responsabilités et les rôles passer d’une génération à l’autre. Cela peut intervenir au sein d’une entreprise familiale, comme chez Torres, en Espagne, ou dans un contexte de fabrication du vin, comme c’est le cas pour les familles Delmas et Berrouet, à Bordeaux. Six personnalités influentes du secteur du vin, Jean-Bernard Delmas, Jean-Philippe Delmas, Miguel Torres, Mireia Torres, Olivier Berrouet et Jean-Claude Berrouet, sont intervenues pour évoquer les défis, les aventures et leurs expériences communes, lorsqu’il a fallu passer le flambeau à la génération suivante. Chacun a rappelé sa formation et l’évolution de sa carrière, lors de la préparation à ce poste. Ils ont évoqué le contexte du vin et l’état du secteur viticole à leurs débuts, ainsi que toute une série d’autres problèmes de grande envergure, et notamment l’importance des liens de parenté dans le domaine du vin. Ils se sont demandé s’il était actuellement plus facile de faire du vin, avec toutes les avancées technologiques à notre disposition, et la façon dont le secteur du vin avait évolué. Particulièrement animée, la discussion a été suivie par une séance de Questions-Réponses, et les congressistes ont accueilli avec enthousiasme les réactions de nos illustres invités.

6. Les pays viticoles émergents

Malgré les immenses différences qui existent eux, le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine sont souvent désignés sous l'acronyme BRIC. Cette session, animée par Tim Atkin MW, a rassemblé quatre invités qui connaissent très bien ces formidables marchés émergents : Judy Leissner pour la Chine, Eleonora Scholes pour la Russie, Magandeep Singh pour l'Inde et Dirceu Vianna Junior MW pour le Brésil. Les intervenants ont présenté à leur tour un aperçu de ce qui distingue leur nation sur le plan culturel, économique et politique, avant d'évoquer la place qu’occupe le vin sur leur territoire, en s'intéressant notamment à la production nationale et aux importations. Quelles sont les conditions à réunir pour une viticulture de qualité ? Quelles sont les régions qui produisent les meilleurs vins ? Qui sont les investisseurs ? Que boivent les consommateurs locaux ? Comment un exportateur potentiel doit-il approcher le marché ? Les intervenants ont répondu à toutes ces questions, et à bien d'autres encore. Ce fut une rencontre animée, stimulante et instructive, parsemée de passionnantes anecdotes, pleine d'humour, et qui s'est terminée par une série de questions posées par le public.

7. Le rôle des Masters of Wine

Vous êtes-vous déjà demandé ce que les deux lettres MW pouvaient vous apporter? Juste une amélioration immédiate de votre degré de crédibilité? Au cours de cette séance de dégustation, Joshua Greene, rédacteur en chef de Wine & Spirits Magazine, a évoqué avec ses invités ce que signifie aujourd’hui, pour eux, le fait d’être Master of Wine, et à quel niveau ce « vénérable » titre peut influencer le secteur du vin. De nombreux jeunes acheteurs se préparent à l’examen des Masters of Wine, mais il est difficile d’imaginer pourquoi un viticulteur renommé d’une région dite « classique » pouvait avoir envie de s’atteler à cette tâche. Avec un patronyme aussi célèbre, Olivier Humbrecht MW du Domaine Zind-Humbrecht (Alsace) n’avait pas vraiment besoin de ce titre : il était simplement de passage à Londres. Il a évoqué la façon dont son rôle avait changé, dans le secteur du vin, depuis qu’il avait rejoint l’Institut. Alastair Maling MW, viticulteur à la Villa Maria de Marlborough, en Nouvelle-Zélande, nous a donné son point de vue du Nouveau Monde. Justin Howard-Sneyd MW de Direct Wines (implanté au Royaume-Uni) tient le rôle le plus classique des MW, dans le commerce du vin en Angleterre : celui du détenteur d’une gamme de compétences que cet examen lui permettait d’obtenir. Il a répondu aux questions des délégués sur le fait de savoir si un négociant travaillait différemment, en tant que MW. La quatrième invitée a apporté le point de vue des journalistes sur le rôle du MW. Jancis Robinson MW – la première personne non issue du circuit commercial à devenir MW – est sans doute un des membres les plus célèbres de l’Institut, étant donné le public international qui lit ses articles du Financial Times et des Purple Pages de son site : jancisrobinson.com. Une orfèvre des mots, deux viticulteur et un négociant : ces quatre invités ont évoqué de quelle façon leur Master of Wine a modifié leur vision du commerce du vin et comment ce titre de compétences a changé la façon dont le monde du vin les perçoit.

8. Le secteur du vin vu de l’extérieur

Les spécialistes de l’industrie viticole attendaient avec impatience le discours du célèbre publicitaire Sir John Hegarty, dont la créativité a été couronnée, tout au long de ses 45 ans de carrière, par de nombreux prix. Ce professionnel de la communication – un « influenceur » par excellence – était la personne idéale pour dévoiler à ce secteur l’image qu’il avait de lui-même et analyser les éléments tangibles de la façon dont il se présente à son public de consommateurs. Sir John Hegarty a fondé en 1982 l’agence de publicité Bartle Bogle Hegarty, dont il est le directeur mondial de la création. Il est à l’origine de campagnes parmi les plus emblématiques et les plus célèbres au monde, et a été fait chevalier par la reine Elisabeth en 2007 pour ses services rendus à l’industrie. Mais il a apporté à cette session bien plus que son seul regard aguerri de professionnel de la publicité. Propriétaire d’un vignoble dans le Languedoc depuis 2002, Sir John produit au Domaine de Chamans, avec sa compagne Philippa Crane, un vin qu’ils commercialisent sous l’étiquette Hegarty Chamans. Jouant ainsi sur les deux tableaux, il a fourni au public une analyse particulièrement perspicace de la façon dont le secteur du vin est perçu par le « monde extérieur ». Le message fondamental qu’il souhaite transmettre au monde viticole est le suivant : moins de mystère et toujours plus de magie.

9. Forger des liens avec les marchés asiatiques

Jeannie Cho Lee MW, une de nos quatre Masters of Wine d’Asie, fut l’animatrice de cette session sur les marchés asiatiques. Jeannie avait invité différents experts – Ch'ng Poh Tiong, un journaliste du magazine The Wine Review et Moses Tsang, un financier à l’origine du premier guide en chinois sur Bordeaux – afin d’évoquer des questions fondamentales liées au commerce du vin en Asie. Elle a ouvert le débat en évoquant les opportunités et les défis par marchés-clés individuels, puis Ch’ng a cherché à définir le marché chinois, que ce soit dans la Chine continentale ou parmi les communautés des expatriés chinois à travers l’Asie du Sud-Est. Moses a ensuite évoqué les questions juridiques, financières et culturelles qui influent sur le commerce du vin dans cette région, et notamment la complexité des négociations avec les autorités gouvernementales et les industries locales, les défis environnementaux et les erreurs les plus courantes des intervenants étrangers, lorsqu’ils essayent d’accéder à ces marchés en tant qu'importateurs, distributeurs et détaillants. Ils ont ainsi permis au public de mieux comprendre les opportunités et les défis associés au commerce en Asie.

10. Légendes vivantes

Le mot légende peut évoquer le passé, mais ce groupe d’illustres participants, animé par Jean-Michel Valette MW, a rassemblé quatre des meilleurs vinificateurs du monde pour une conversation sur de nombreux sujets bien actuels, qu’ils ont illustrée par leurs vins. Représentant le symbole de la réussite en matière de viticulture sur trois continents, Paul Draper de Ridge Vineyards, Peter Gago de Penfolds, Alvaro Palacios de Descendientes de J. Palacios et Paul Pontallier de Château Margaux ont évoqué leurs « vies dans le vin » devant un public captivé. Chacun a parlé des leçons qu’il a tirées de sa carrière, ils ont expliqué ce que représentaient les vins qu’ils avaient choisis pour la dégustation et comment leurs déboires ont fait d’eux de meilleurs vinificateurs. Avec une remarquable franchise, ils ont parlé des plus grands risques qu’ils ont été amenés à prendre, des personnes « hors milieu » qui les avaient le plus influencés, des conseils qu’ils ont reçus et auraient aimé recevoir au début de leur carrière, et ont partagé avec un public ravi une multitude d’anecdotes et d’histoires inédites. La dégustation comprenait les vins suivants : Ridge Monte Bello 1995 (Ridge Vineyards, Californie, Etats-Unis) ; La Faraona 2006 (Descendientes de J. Palacios, Bierzo, Espagne) ; Block 42 Kalimna Cabernet 2004 (Penfolds, Barossa Valley, Australie) et Château Margaux 1996, 1er Cru Classé (Margaux, Bordeaux). Une formidable session, suivie par les questions du public : la clôture idéale des autres activités plus « sérieuses » de ce symposium.